dimanche 9 septembre 2007

La passante

Et là et là j’y suis allé aussi
Et même si j’y étais pas c’est tout comme
J’ai tout vu j’te dis, au bras de la nuit
Ceux qu’elle aime et ceux qu’elle assomme

J’ai vu les clochards célestes dans le ruisseau
Leurs femmes peintes dans le caniveau
J’ai vu les loups, les requins, les badauds
Les funambules et ceux qui encore aiment trop

J’ai vu toutes les vapeurs déletères
Les vapeurs somnifères et mortifères
Les pilules sans noms, les poudres précises
L’alcool brouillon qui de couleurs se déguise

Il y avait des boissons folles
Qui te ligotaient les sens
Il y avait des substances sans scrupules
Qui s’installaient dans ton essence

Mais il y avait la musique aussi, l’âme éclatante
La recherche absolue de la note plus aimante

La beauté du geste désincarné
Le souffle coupé par un baiser volé
La grâce qui se découvre un instant
La tendresse du geste d’un amant

Passée la minuit, dans la foule serrée
Ils étaient tous aussi seuls que moi
Peut-être est-ce cela le cadeau insensé
De pouvoir enfin perdre conscience de soi

Mes yeux m’ont bouffé le corps
Silencieuse et cachée, j’observais encore
Ouvreuse des matins blêmes et méchants
Je cachais nos nuits aux passants

Mais tu vois, je suis passée sans rien dire
Sans rien prendre, sans toucher, sans médire

Personne là-bas ne se souvient de moi
J’ai glissé comme un fantôme
Je n’ai jamais touché les boissons
Les fumées, ou les hommes

Alors ils ne m’aiment pas
Ils se méfient de moi
Ils ne veulent que la perte des sens
Je ne leur offre que cruelle conscience

A quoi ça sert alors de s’être gardée pure
Spectatrice impudique et voyeuse
Ils croient que je ricane, lointaine et dure
Ils croient que je me moque d’eux
30/07/2004 ?

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